Ni caricature, ni anecdote. Ni portrait, ni reportage. L’artifice de la pose est visible, les gestes retenus. Le corps apparaît en déséquilibre dans un plan serré. L’artiste a envie de faire confiance à l’individu et donc au hasard des circonstances, tentant ainsi de créer des relations inédites entre l’homme et le contexte sur lequel sa personnalité peut agir. Seul dans le cadre, face à sa propre histoire, l’acteur apprend paradoxalement à dire « je », et revendique par là sa présence au monde. Loin d’être bavardes, les images de Valérie Jouve ne parlent pas, elles rendent la parole. Classiquement, la description, telle que Balzac nous l’a transmise, peut se définir comme l’acte par lequel le Je prend possession du monde ou de l’autre par son discours, en l’épuisant. Valérie Jouve modifie et renouvelle cette définition classique : le jeu qu’elle demande à ses modèles assure cette fois-ci une double prise de position, la reconnaissance d’une altérité : je te photographie, je prend possession de toi, d’un côté. Je joue, j’ordonne les signes et le sens de ma réponse de l’autre. Aller et venue entre le Je et le Tu dont la photographie est le lieu, le prétexte, en un mot, l’instant du jeu chez Valérie Jouve est instant de dialogue. Cela peut sembler paradoxal : il y a mise en scène préconçue, il y a jeu, et pourtant l’image qui en résulte ne renvoie pas une représentation ordonnée, elle ne renvoit ni à une mise en scène, ni à une intrigue, elle s’inscrit dans le temps lui-même et montre non des acteurs mais des individus. Le jeu libère le je, la mise en scène libère le temps de toute temporalité.